Pessac : « L’Esprit de 45 », film documentaire réalisé par Ken Loach, sorti en 2013, rappelle les acquis du parti travailliste

Présenté au Festival du film d’histoire de Pessac, The spirit of 45 a pour sujet la victoire du Parti travailliste avec son chef, Clement Attlee, en 1945, et les avancées sociales qui ont suivi, jusqu’à leur écrasement par les victoires conservatrices.

Le documentaire de Ken Loach évoque d’abord l’unité pendant les épreuves de la Seconde Guerre mondiale, et montre que le peuple anglais ne voulait en aucun cas revivre la douloureuse période de l’entre-deux guerres, très difficile pour les travailleurs. Le documentaire s’attache ensuite à montrer le moment-clef de la victoire travailliste et l’espoir qu’elle a suscité. Le grand renversement a lieu avec l’apparition à l’écran de Margaret Thatcher, suivi d’une période présentée comme noire pour les travailleurs et dont les francophones se remémorent avec plaisir la fameuse chanson de Renaud.

Consacré à la période la plus importante et la plus vitale pour le progrès du pays, le documentaire de Ken Loach s’ouvre sur une foule en liesse, en noir et blanc, en prologue et qui sera reprise, en couleurs, en guise d’épilogue. Après la guerre, la victoire du travail, l’impulsion qui a vaincu la pauvreté, l’introduction due l’hygiène et du bien-être.

Cette foule immense envahit Piccadilly, femmes et hommes de tous âges, uniformes militaires, familles avec enfants. Ils chantent, dansent sur une musique qui vient d’une mémoire collective où, dans l’euphorie générale, ils s’embrassent, ils s’enlacent. C’est une grande fête, la guerre est finie, la vie recommence. Ce sont ces images frappantes qui ouvrent L’esprit de ’45.

Peu de temps après, des élections ont lieu. La campagne électorale est intense, impétueuse : des slogans qui abondent dans les rues sont « Ensemble, nous avons gagné la guerre, ensemble, nous pouvons gagner la paix », « Nous nous sommes battus pour vaincre Hitler et le fascisme, nous pouvons lutter pour éliminer la pauvreté. A Piccadilly, le parti revient, avec cette fois, en sus du drapeau de l’Union Jack, les insignes et les bannières représentent des groupes politiques et syndicaux célébrant la victoire électorale du parti travailliste.

Le virage à gauche, selon Ken Loach,

« était l’une des conséquences de la guerre, au cours de laquelle il y avait du travail pour tous. En fin de compte, les Britanniques découvert une pensée commune: si l’État avait besoin de nous tous pour lutter contre les Allemands, pourquoi ne pouvons-nous pas obtenir du travail pour construire des maisons, des écoles, des hôpitaux et améliorer notre vie? Clement Attlee a battu le parti conservateur de Winston Churchill, personne ne voulait revenir aux années trente, alors que la richesse était entre les mains de quelque nantis, la masse vivait dans un état de misère, d’insalubrité et d’injustice sociale, la mortalité infantile était très élevée, le chômage était un fléau et les conditions de ceux qui travaillaient étaient souvent inhumaines. « 

Ken Loach, cinéaste engagé bien connu pour ses convictions politiques, s’est plongé dans les archives. Il a trouvé dans les archives régionales des images qui documentent l’état de pauvreté, en particulier dans les petites villes, les carences de nourriture, les indigents, les maisons misérables sans électricité. Les images sont entrecoupées des souvenirs de divers témoins de l’époque: d’anciens mineurs, des dockers de Liverpool, une infirmière, un économiste, un professeur, d’anciens soldats, une femme qui se souvient de la joie d’avoir mangé le premier gâteau de sa vie pour célébrer l’introduction du National Health Service. Tout le monde se souvient de la grande émotion provoqué par le changement social, la gratuité des soins de santé, l’école pour tous, la nationalisation des transpositions et de l’énergie, la bataille gagnée pour assurer la sécurité au travail. Une épopée sociale qui résonne comme les vestiges d’un passé déjà lointain à l’heure des privatisations à outrance et de l’hégémonie du profit au détriment de l’équité sociale.

A l’époque Ken Loach avait neuf ans. Ses souvenirs affluent:

«La guerre, l’ennui … Je ne pouvais pas aller jouer dehors. Je ne savais rien de la politique; à la maison, mon père travaillait à l’usine, il était neutre. En préparant le film, la surprise a été de trouver les images des années trente.  Je n’ai pas trouvé beaucoup de matériel précieux. Mais la plus grande découverte a été le document sur Churchill contesté dans la campagne électorale. Il a mené la nation pendant la guerre mais il était encore un conservateur impérialiste, contre le parti travailliste. Si les conservateurs avaient commencé à s’immiscer dans l’économie nationale, le risque aurait été le totalitarisme, après les élections. »

L’esprit de ’45  a été diffusé à la télévision, puis est sorti dans les salles en Angleterre, suscitant des réunions populaires et des débats, un succès inattendu selon Ken Loach :

« Le film n’a pas plu ni à la droite ni au Parti travailliste actuel qui ont oublié les valeurs du socialisme et de la solidarité. Mais je suis heureux parce que mon but était de rappeler les idées qui  animaient les gens ordinaires : la conscience de la communauté, le pouvoir de la solidarité et la capacité de travailler ensemble pour construire une société plus juste étaient si forts qu’en mars 1979, Margaret Thatcher est arrivée, a détruit le nationalisme, dissous syndicats, et cet esprit a disparu. »

Étonnement, alors que les films de Ken Loach sortent sur les écrans suisses, ce documentaire passionnant et richement documenté est passé inaperçu en 2013, à sa sortie. The spirit of 45  apporte un éclairage niveau, captivant et émouvant … Un rattrapage est vivement recommandé !

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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